J'avais envie de vous raconter une petite tranche de vie qui m'est arrivée quelques jours après être rentrée à la maison avec notre fille. A l'époque, j'avais même préparé un article intitulé "c'est la guerre dans mon bide" pour vous parler des joies des tranchées, et puis je suis repartie en ambulance direction la maternité, parce que des tranchées je n'avais point. Mais des complications post partum.

Retour au Samedi 15 Janvier, 11h30.

Ce matin quand je me suis levée pour prendre ma mistinguette dans les bras, j'ai ressenti une violente douleur dans le bas du ventre, et j'ai attrapé le tournis. Mais je n'ai rien dit : aujourd'hui c'est le jour de la sortie et moi je n'ai qu'une envie : rentrer chez moi ! De toute façon, les douleurs dans le ventre, c'est normal après un accouchement, et le tournis, une énième chute de tension, alors...
Tout est prêt pour nous rentrer, j'ai vidé les armoires de la maternité, habillé ma fille de son plus beau pyjama, la poussette est à la porte de la chambre. J'ai vu le pédiatre, l'auxilliaire de puériculture, je n'attends plus que la sage-femme pour prendre ma température et qu'elle me donne les dernières recommandations, et notre nouvelle vie à 3 pourra commencer.
La SF arrive, vérifie que tout est en ordre, plante l'embout de son thermomètre dans mon oreille. Et là, c'est le drame : j'ai de la température.

Oh, pas beaucoup, genre 37,8 ou 38°, je ne me rappelle plus, mais ce que je sais là, tout de suite, c'est que je vais devoir déballer les affaires que je viens de ranger, et qu'on va rester là encore un moment !

La sage femme ne veut pas me laisser partir, elle doit me faire une prise de sang pour contrôler les globules blancs. Mais, sans doute dans la panique du moment (fallait voir ma tête à ce moment là aussi, et mes supplications pour partir) elle n'arrive pas à me piquer, il faut aller chercher quelqu'un d'autre, et se dépecher d'envoyer le prélèvement au laboratoire pour me libérer (ou pas) au plus vite (parce qu'on est samedi, et après midi, c'est la garde, qui est plus lente et plus occupée).
Bref, prise de sang, longue attente, et un professeur d'un service dont j'ai oublié le nom vient me voir pour me rassurer : ok mes globules blancs sont limites, mais à condition que je surveille ma température et que je refasse une prise de sang le lundi, c'est bon, je peux rentrer. Alleluia !

Nous rentrons donc tous les 3 le samedi après midi. Et à partir du dimanche, je commence à regretter d'être partie de la maternité. Je suis saisie de violentes douleurs dans le bas du ventre. De plus en plus souvent, de plus en plus fort. Je serre les dents. C'est donc ça les tranchées... Les salopes, je déguste.

La nuit du dimanche au lundi est terrible, je passe plus d'une heure pliée en deux dans mon lit, avec des nausées et des suées, à me dire que je vais mourir d'un instant à l'autre. J'ai encore plus mal que pendant l'accouchement (péri foirée, je vous rappelle), et je me dis que vraiment, les femmes sont malades de vouloir s'infliger 2 ou 3 fois des tranchées pareilles. Le lundi se passe sur le même modèle, le mardi aussi, je sens que je faiblis à vouloir me battre contre ces douleurs. J'en oublie ma température et ma prise de sang. Tant pis.

Mais je suis têtue, je répète que "c'est normal" et je ne veux pas consulter.

Le mercredi, tout bascule. Trop faible pour m'occuper de ma fille, je suis à nouveau prise d'une crise qui me cloue en deux sur le canapé. Paniqué, Monsieur me suggère de téléphoner au médecin quand même, histoire de demander si c'est bien normal toutes ces douleurs. Le médecin n'est pas là. Je téléphone aux urgences de la maternité, ça ne décroche pas.
Sauf que je suis toujours en train de mourir de douleur et que là, j'en peux vraiment plus... Alors Monsieur appelle le SAMU. Le médecin au bout du fil ne cherche pas à comprendre : une femme, accouchée la semaine plus tôt, douleurs en bas du ventre -> on envoie une ambulance.

Branle-bas de combat dans mon quartier, l'ambulance arrive toutes sirènes hurlantes avec les gyrophares. Au moins là c'est sûr, je ne passerai plus inaperçue, je serai celle qui est partie en ambulance un mercredi soir en embêtant tout le quartier !

Direction les urgences de la maternité donc. Je vois une sage-femme, puis un interne, puir le médecin de garde, mon cas étant jugé assez sérieux pour que tout le monde demande l'avis de son supérieur. Divers examens et interrogatoires plus tard, le diagnostic est posé : c'est une endométrite.

Des morceaux de placenta n'ont pas été expulsés lors de la délivrance. Et manque de bol, ils sont en train de s'infecter. Je pourris de l'intérieur. Sympa.

L'équipe ne sait pas très bien que faire de moi. Divers avis émergent et au final, on me renvoie chez moi avec une antibiothérapie et l'obligation de me reposer (mais bien sûr, avec un nouveau né à la maison et la famille qui débarque !) en me faisant comprendre que si j'avais attendu quelques heures plus tard, ça aurait pu être bien pire. Pire comme une infection généralisée, une scepticémie en gros.

Je vous épargne le reste de l'histoire, un peu longue et compliquée, ballotée entre les avis toujours divergeants des différents médecins qui m'ont auscultées jusqu'à maintenant.

Mais reste de cette histoire une culpabilité profonde de ne pas avoir écouté mon corps, et un gros traumatisme d'avoir planté là ma fille de 9 jours et son père, d'avoir vu l'intérieur d'une ambulance, de m'être fait engueuler par le service médical, d'avoir frôler quelque chose de terrible parce que "c'est pas grave".

Moi qui ne voyait jamais le médecin avant, je peux vous dire que cette aventure m'a vaccinée et que maintenant j'y file dès que quelque chose me paraît suspect !
Mais pour ne pas trop effrayer les futures mamans qui traînent par là, rassurez-vous, mon histoire est assez rare et dans la grande majorité des cas, tout se passe bien !